Etonnantes déclarations et aveux :Dr Albissaty Saleh Allazam se vide le coeur !!

Publié le par Albissaty

Un des hauts responsables de la rébellion tchadienne, fin connaisseur des moindres recoins de l’opposition armée pour avoir été l’une des têtes dirigeantes qui, pour la première fois de l’histoire, ont mené un raid militaire à bord des véhicules motorisés à plus de 800km de leur base pour frapper la capitale tchadienne, se vide le cœur au micro de Kayangar Abbas, militant de droits de l'homme et reporter à www.librafrique.com « ... Ce qui nous manque c'est l'esprit de sacrifice pour la patrie. La force de Deby repose sur notre amateurisme et notre absence de patriotisme… Il y a parmi nous des voleurs des deniers publics, des anciens fanfarons du régime [de Deby] en disgrâce avec ce dernier, des coupeurs de routes, des marabouts ratés, une brochette assez grasse de crétins…Au lieu de chercher à vaincre Deby, il faudrait d'abord se vaincre. Vaincre notre égoïsme, notre opportunisme, nos coups bas; en un mot vaincre notre morale politiquement criminelle… Je dirais mêmes qu'ils [les leaders politico-militaires actuels] sont à la limite très dangereux pour la république; surtout pour l'avenir de la jeunesse qu'ils dupent… »

 Librafrique :Monsieur Albissaty, quels sont les objectifs de votre tournée africaine, précisément de votre présence à Dakar au Sénégal ?

Albissaty Saleh Allazam : En fait, j'ai été en Afrique de l'ouest, la première fois, en 2006; la deuxième fois en 2007 et la dernière fois, c'est cette année. Et à chaque fois, je suis l'invité de la Rencontre Africaine pour la Défense des Droits de l'Homme (RADDHO). Cette organisation s'intéresse beaucoup à la crise tchadienne comme vous pouvez le constater à travers ses communiqués et autres déclarations. A chaque fois, je rencontre des hautes personnalités du pays (y compris les partis de l'opposition) et des organisations de la société civile. Ce qui me comble, est que le Sénégal tout entier est acquis à la cause tchadienne que je défends. Qu'on me comprenne juste, il ne s'agit pas d'un soutien à l'opposition armée, mais de la recherche de la paix. Et donc, les multiples rencontres avec le Sénégal politique et syndical ont abouti à la compréhension de ces derniers des causes profondes de la crise tchadienne. Les sénégalais sont prêts à soutenir une initiative allant dans le sens de la résolution du conflit pacifiquement. Et c'est là, l'objectif que je cherchais à travers tous mes contacts. En un mot, les amis sénégalais sont très réceptifs à l'idée d'une conférence internationale sur le Tchad, conférence au cours de laquelle tous se dira dans un esprit de pardon et effacé en même temps toutes les susceptibilités afin que règne la confiance entre les fils de notre patrie. C'est le genre de dialogue que je cherche. Et ce dialogue-là, à mon sens, doit forcement être observé par la communauté internationale. Je le pense ainsi parce que les "dialogues nationaux" n'ont rien apporté en terme de satisfaction populaire. Vous pourriez aisément compter ces genres de rencontres inter-tchadiens. La plus grande rencontre, et, qui devrait selon toute logique être la dernière en la matière, la Conférence Nationale Souveraine, en 1993, c'était avérée la mère de kermesses. Le cahier de charge n'a jamais été respecté. Bref, je vous fais l'économie de ce que vous savez. Et donc, plus précisément, je luttais depuis toujours, notamment lorsque j'étais porte-parole du FUC, pour qu'une organisation d'une Conférence Internationale sur le Tchad soit réalisée. Vous pourriez aisément vérifier cela à travers mes différentes intervenions sur la question tchadien. A mon sens, c'est l'unique issue pour sortir le pays de ce cycle infernal qu'est la rébellion ou révolution et contre révolution. Et puis, tous les pays qui ont connu des conflits internes ont vu leurs problèmes résolus à travers des conférences ou des rencontres réunissant, en plus d'eux, des représentants de la communauté internationale. Pourquoi pas le tchad. N'oubliez pas que notre sens de patriotisme est corrompu, infiltrés que nous sommes par des opportunistes de tout acabit qui nous tirent en arrière à chaque fois qu'un groupe de patriotes propose quelque chose de sérieux. Je crois que la Conférence Internationale sur le Tchad (CIT) serait la solution idoine pour que nous finissions avec nos ambitions démesurées. Je parle de la délinquance politique des soi-disant sauveurs du peuple tchadien.

Librafrique :Pourquoi avoir attendu si longtemps avant d’entreprendre cette tournée ?

Albissaty Saleh Allazam : Je disais tantôt que je luttais depuis longtemps pour cette CIT. Il y a très longtemps; vous pourriez le vérifier.

Librafrique : Que faites-vous pour concilier vous votre déontologie de médecin et celui d’homme de guerre ?

Albissaty Saleh Allazam : Ce n'est pas facile. Je le reconnais. Votre question étant directe, je vous réponds de la manière la plus directe aussi. Ce n'est pas du tout ce que je voudrais devenir. Bien que j'ai toujours rêvé d'un Tchad tout-puissant; oui, tout-puissant. Je n'ai jamais admis qu'on ne compte pas avec ma patrie. C'est pourquoi, depuis mon bas âge, j'écrivais des poèmes ayant pour thèmes la conscientisation des masses populaires. "Mère" par exemple, fut un chef-d'œuvre pour l'enfant de dix-sept ans que j'étais et dont le français n'est pas la langue maternelle. A N'Djamena, parallèlement à mes activités de médecin et enseignant, j'ai toujours écrit, croyant qu'avec la plume, je pourrais contribuer à l'émergence d'une société tchadienne consciente de son état d'asservissement imposé par les dirigeants successifs de la patrie. Je mettais, à l'époque, les gouvernants et l'opposition démocratique dans le même panier. Je trouvais et trouve encore que c'est à cause de l'existence des partis politiques que le régime est pris pour démocratique; la réalité vous la connaissez. Cela dit, mon statut politique actuel, si l'on l'interprète comme guerrier, n'a rien de commun avec les autres "chefs de guerre". Je n'ai jamais prétendu être l'homme providentiel que les tchadiens attendaient. Je suis conscient de mes limites. Toutes mes activités sur le terrain consistent à appuyer les amoureux du pouvoir en essayant, dans la mesure du possible, d'arrondir leurs angles politiques; c'est un exercice non seulement difficile, mais aussi, c'est un travail très ingrat. Certains chefs prennent cela pour de la faiblesse, et ils n'ont pas tort. Je suis incapable de faire du mal. Aussi incroyable que cela puisse vous paraître, moi, le maquisard, j'ai horreur de la guerre. Quand je pense au nombre de victimes de la guerre, j'ai envie de remplir mon crâne du sable.

Librafrique : Pourquoi avoir pris les armes contre Deby plutôt de concourir à la lutte contre les maladies qui tuent énormément des gens chez nous?

Albissaty Saleh Allazam : Quand j'étais étudiant, je rêvais de la création d'un embryon d'un institut de recherche médicale avec le Dr Hamit Djabar qui était en dernière année de spécialisation en chirurgie, l'actuel chef du projet de lutte contre le SIDA, le Dr Kanika (je ne sais pas s'il est toujours SG au ministère de la santé) et tant d'autre aînés. Après la fin de me études j'était rentré directement pour se mettre au service de ma patrie bien que j'avais eu des opportunités très alléchantes à l'étranger. Bref, permettez-moi de ne pas parler de moi dans ces domaines; je préfère plutôt parler de mes insuffisances. Pour revenir à votre question, je n'avais pas le choix. Je voudrais contribuer à l'édification de quelque chose de positif pour ma patrie avant de mourir. Je crois que c'est pour cela que je dois vivre. Si non, ma vie n'a aucun sens. Mais ce qui est très important à mes yeux, est que, personnellement, je n'ai aucune "ambition présidentielle"; cela, le reconnaissent mêmes les plus malhonnêtes qui m'ont connu de près.

Librafrique : L’antécédent de certains politico-militaires est comme une véritable épine dans les pieds de la rébellion Tchadienne. L’opposition armée a commis l’erreur d’admettre en son sein des individus ayant une mauvaise haleine de l’âme à cause de leur passé criminel et surtout de leur avoir accordé un rôle important dans la rébellion. Tous ces individus, majoritairement non repentis, reviennent devant les Tchadiens et se présentent comme des combattants de la liberté. S’agit-il de leur liberté ou celle du peuple Tchadien? Saviez-vous que beaucoup des Tchadiens se méfient de la rébellion à cause de ces politico-militaires particuliers ? Que faites-vous pour améliorer l’image de la rébellion ? Albissaty Saleh Allazam : Wallahi, je ne sais quoi vous répondre. C'est exactement ce que je pense. D'ailleurs, en gros, il n'y a pas assez des révolutionnaires au vrai sens du mot. Il y a parmi nous des voleurs des deniers publics, des anciens fanfarons du régime en disgrâce avec ce dernier, des coupeurs de routes, des marabouts ratés, une brochette assez grasse de crétins. En fait, ils sont là au sein de l'opposition armée pour rappeler le maître du palais rose qu'ils sont nécessaires pour quelques choses et qu'il s'était trompé de les écarter de sa cour. N'avez-vous pas remarqué qu'ils ne laissent aucune occasion pour claironner dans les medias des fadeurs pour se faire passer pour des importants aux yeux de Deby ? Maintenant, en ce qui concerne l'amélioration de l'opposition, elle dépend en grande partie de l'importance que les médias leur accordent. J'ai remarqué que leur rôle est hypertrophié par la presse en ligne, faisant leur éloge et leur accordant plus d'espace dans la toile. Et de ce fait, ils commencent à croire réellement qu'ils sont des irréprochables. C'est désolant! Librafrique : A quoi ou à qui attribuez-vous les échecs de la rébellion, surtout les deux défaites aux portes de la capitale ? Albissaty Saleh Allazam : La trahison. La trahison et la maladie de "si ce n'est moi, ce n'est personne." Je crois qu'il faut le dire. C'est la réalité. Il n'y a pratiquement pas des patriotes, mais des aventuriers imbus de leurs personnes. Des individus révolutionnairement ignorants; qui n'ont aucun grain d'amour pour ce beau pays appelé Tchad. Des vulgaires malfrats et autres repris de justice. Vous n'ignoriez pas qu'il y a parmi nous des individus qui ont filé avec de l'argent volé au pays mais qui ont bénéficié des "postes vitrines" au sein de l'opposition. Librafrique : A quand une véritable unité de la rébellion sous la supervision d’un chef unique ?

Une reformation de la rébellion sur des bases objectives est-elle envisageable ?

Albissaty Saleh Allazam : Je crois qu'il va falloir poser cette question à tous ceux qui s'accrochent à la direction de leur mouvement malgré leur défaillance notoire dans la gestion des affaires. Je crois qu'il faut adresser un questionnaire à tous ceux-là en leur demandant pourquoi ne veulent-ils pas asseoir une bonne gestion au sein même de leur mouvement; et surtout je suis très intéressé de savoir ce qu'ils proposent exactement comme solution pour sortir notre patrie des ténèbres. Qu'ils ne nous racontent pas des histoires fades telles que le régime de Deby est clanique et méchant etc. Qu'ils nous proposent un plan sérieux, basé sur des approches idéologique ou des concepts politiquement stratégiques, de la gestion de la république après leur prise de pouvoir. Incultes qu'ils sont, je ne pense pas qu'ils seraient capables de vous répondre correctement. Je dirais mêmes qu'ils sont à la limite très dangereux pour la république; surtout pour l'avenir de la jeunesse qu'ils dupent. Librafrique : Croyez-vous vaincre Deby avec une rébellion minée par des dissensions, des considérations ethniques et des courses de leadership ? Albissaty Saleh Allazam : Au stade où nous sommes, au lieu de chercher à vaincre Deby, il faudrait d'abord se vaincre. Vaincre notre égoïsme, notre opportunisme, nos coups bas; en un mot vaincre notre morale politiquement criminelle. Il nous faudrait chercher à se connaître or nous sommes enfermés dans une logique de marginalisation digne du système Deby. Mais si par malheur, nous arrivions à renverser le régime avant que nous n'arrangions notre maison, alors, bonjour la guerre civile.

Librafrique : Pensez-vous que les groupes armés peuvent individuellement venir à bout de Deby ? Sinon qu’attendez-vous pour vous unir ?

Albissaty Saleh Allazam : Oui, je crois qu'un seul groupe armé pourrait détruire le régime Deby s'il est animé par une réelle volonté de changement, sans calcul politicien. Je vous le dis: Deby, son armement comme le nombre de ses troupes ne nous impressionnent pas. Ce qui nous manque c'est l'esprit de sacrifice pour la patrie. La force de Deby repose sur notre amateurisme et notre absence de patriotisme. Franchement!

Librafrique :Les politico-militaires continuent de patauger dans les mêmes erreurs en adoptant une ligne de communication qui ne montrent pas ce qu’ils ont ou qu’ils peuvent avoir de meilleur. Ne serait-il pas avantageux de dire aux Tchadiens voici en quoi vous êtes meilleurs que Deby ou voici de quelle manière vous pouvez faire mieux que Deby pour l’avancement de la démocratie et des libertés au Tchad ? Au lieu de vociférer une haine de votre ennemi qui ne produit pas de résultat significatif ?

Albissaty Saleh Allazam : Voilà, vous le dites déjà. Votre question est, en elle-même, une réponse. La communication est nulle. Mais quelles sont les raisons de ce pataugeage ? Eh bien c'est justement parce qu'il n'y a pas un idéal commun que défendons. Nos déclarations sont fades parce qu'elles ne se reposent pas sur un idéal concret. Nous racontons du n'importe quoi tout simplement pour dire quelque chose. Et puis, est-ce que nous haïssons réellement Deby? Nous nous haïssons plus que notre "haine" pour Deby. Cela saute aux yeux.

Librafrique : Parlons d’une autre affaire qui continue d’affecter les tchadiens : le cas de Ibn Oumar Mahamat Saleh. Que reproche-t-on à cet homme? Pourquoi lui? Les tchadiens ne se sont pas encore remis de la disparition de cet homme admiré par tous ceux qui l’ont connu.

Albissaty Saleh Allazam : Je connais personnellement Dr Ibn Oumar. Il a commis le délit d'être né patriote. C’est un homme intègre. Sa disparition est franchement une grande perte pour la nation surtout pour la jeunesse qui doit comprendre qu'il y a des tchadiens qui aiment franchement leur patrie.

Librafrique : Le président soudanais, El bechir, est un homme gênant sur la scène politique internationale. Que faites-vous pour gérer votre proximité avec cet homme accusé de crime de guerre et de crime contre l’humanité? Ne craignez-vous pas que l’image de votre protecteur vous cause un tort vis-à-vis de l’occident ?

Albissaty Saleh Allazam : Je crois franchement que c'est nous qui lui [El bechir] causons des problèmes. Il est normal qu’El bechir soit gênant pour ce qu'on appelle la communauté internationale. Il a commis le délit de moderniser son pays au détriment des intérêts occidentaux, plus particulièrement ceux des américains. Croyez-vous que si Deby construisait le Tchad exactement comme Albachir construit son pays j'aurais pris les armes pour le combattre? Albachir a pris le pouvoir au même moment que Deby (il faut le préciser) dans un contexte, interne au Soudan, très difficile. Le Soudan était la misère matérialisée : chômage, crimes à domicile, anarchie administrative, … Il n'y avait pas du sucre. Les gens buvaient le thé avec des dates. Il fallait se réveiller à cinq heures du matin pour avoir un ou deux pains. Pas de farine. Absolument rien. Aujourd'hui, Khartoum rivalisent avec les capitales arabes les plus nanties; la plus grande capitale africaine et arabe aussi (par la superficie, ex وquo avec Bagdad), la ville se modernise ainsi que toutes les autres villes du pays. Le soudan d'Oumar Albachir fabrique la quasi-totalité de ses armes. Les usines de construction d'automobiles, les gros porteurs et tracteurs compris, des véhicules de villes les plus luxueuses. Bref, Albachir a à son actif le développement de son pays qu'il en a fait un ةtat émergeant et très puissant. A Khartoum, une ville qui compte plus dix millions d'âmes, il n'y a absolument pas d'agression à domicile, vous ne verrez jamais un soldat armé dans les rues, les véhicules passent la nuit dans les rues. Que voulez-vous qu’on dise de plus. Puisque vous demandez mon avis, alors, je vous le dis très franchement: j'aurais aimé avoir comme président n'importe qui parmi ceux que l'impérialisme international qualifie de dictateurs tels que Staline, qui a transformé la Russie d'un ةtat appelé village européen en une superpuissance, de Mao Tsédong de la chine, Castro de Cuba, Saddam de l'Irak, Khoumeini d'Iran, et même Tchan kai Tchek de Taiwan, que Deby.

Librafrique :A quand une tournée en occident ?

Albissaty Saleh Allazam : Des amis français ont exprimé leur souhait de me voir en France pour le même travaille. Je leur ai dit que je verrai. En réalité, je voudrais qu'à défaut d'une unanimité autour de la question, il faille que l'ensemble du Tchad patriotique, pour ne pas dire révolutionnaire, fasse sienne cette option de changement. Or, certains individus me donne l'impression que toutes ces activités je les fais pour moi. La plupart des leaders ne voient pas l'utilité de cette initiative même s'ils font semblant de l'apprécier. Je dirais que cette appréciation est des bouts des lèvres, enfermés qu'ils sont dans leur tour d'ivoire conceptuelle de prise de pouvoir pour eux-mêmes.

Je vous rappelle mon interlocuteur est un des hauts responsables de l’opposition Tchadienne contre Deby et parmi les plus éclairés, le DR Albissay Saleh Allazam. Je vous remercie docteur pour cette entrevue.

Albissaty Saleh Allazam : au plaisir.

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