L'opposition doit avoir une nouvelle approche politique
Avec le ralliement du MDJT au régime, beaucoup des citoyens tchadiens se posent des questions concernant la probité politique et morale des hommes politiques tchadiens.
Surtout lorsqu’on sait que ce mouvement est l’une des formations politiques les plus respectées à cause des prises de positions patriotiques de son fondateur, le martyr Youssouf Togoïmi.
Avec le pas que viennent de franchir les nouveaux dirigeants de ce mouvement, toutes les raisons sont du côté des spécialistes d’abrutissement des masses que sont les courtisans du régime. Il faut dire que le ralliement du MDJT au tyran tchadien est une occasion en or pour décourager tous ceux qui ont des velléités patriotiques. J’imagine déjà la réplique de ces messieurs dames à ceux qui ont encore un peu du courage pour leur dire que Deby est un mauvais président.
Mauvais président? Eh bien dites-nous quelle est la formation ou le groupe des formations politiques qui est en mesure de faire mieux que lui. N’est-ce pas les dirigeants du MDJT qu’on croyait inflexibles ont baissé les bras dès que le président leur a garantie des pots de vin moyennant leur silence et leur contribution pour faire taire les autres ?
Terminé ! Vous êtes désarmés devant ce raisonnement bien que très simpliste mais qui répond parfaitement à l’humeur ambiante de l'argumentation politique du moment.
Mais d’un autre côté, tout opposant qui se sent incompris, n’a-t-il pas raison d’arranger sa rentrée au pays bien que cela lui coûterait quelques désapprobations de la part de ses sympathisants ?
Mais, d’autre part, arranger sa rentrée suppose aussi que l’autre partie a accepté certaines conditions du rallié. Le MDJT avait-il posé des conditions d’ordre structurel en ce que concerne le système Deby avant de signer l’accord ?
Rien n’est moins sûr. Ce prétendu accord a l’air du déjà vu. En fait d’accord, c’est une reddition pure et simple comme tant d’autres qui l’ont précédé.
Tout le monde ou presque savait les ambitions patriotiques du martyr Youssouf Togoîmi, mais cela n’a pas drainé suffisamment des combattants pour sa juste cause, en dehors de ceux de sa région.
Un opposant politique, originaire du méridien tchadien, du vivant même de Togoïmi disait ceci : Si Togoïmi a eu notre soutien sincère, il serait depuis longtemps à N’Djamena.
Il faut dire qu’un soi-disant leader du centre du Tchad adopterait sans doute le même comportement que celui de son compatriote du sud. La logique est toute simple : on en a marre de ces gens du BET. Voilà une déconcertante franchise qui ne provoque qu’amertume.
Et donc, on le sait, mais dès lors que c’est l’autre, on ne veut rien savoir.
Aujourd’hui le Tchad central et méridional se fait des idées indescriptibles par rapport à ce ralliement. Et, ce n’est pas la présence de Choua Dazi au maquis qui les convaincra de l’implacabilité de la position des enfants du BET vis-à-vis du pouvoir de N’Djamena. Ceci étant dit, M. Choua Dazi a du pain sur la planche pour convaincre.
Ces suspicions d’« autres » tchadiens sont renforcées par la nature, somme toute tribale, de l’accord. Les démarches qui ont conduit à cet accord ont été de bout en bout menées par les fils du BET qui sont aux côtés de Deby. Le document final, pour la partie gouvernementale, est signé par Youssouf Abassalah, toubou et natif du BET. C’est déjà suffisant pour ceux qui veulent réduire ce mouvement créé par l’intègre Togoïmi en un simple rassemblement des mécontents et non pas des hommes animés d’un idéal politique, à moins d’être révolutionnaire.
Révolutionnaire, bien entendu, n’est pas le mot qu’il fallait pour qualifier la plupart des mouvements politiques tchadiens, mais, il est lâché.
Je disais au début de l’année dans ce même espace : « En fait, luttons-nous réellement contre un pouvoir clanique chapeauté par un individu qui n’a aucune notion de la valeur humaine ou bien luttons-nous pour le plaisir d’être des opposants dans le seul but d’avoir une part de ce gâteau douloureusement préparé par les mains de ces braves créatures d’apparence insensibles à toute forme d’humiliation, appelées le peuple tchadien ?! »
Aujourd’hui, le MDJT du colonel Merdegué vient de nous apprendre que nous luttons effectivement « pour le plaisir d’être des opposants dans le seul but d’avoir une part de ce gâteau douloureusement préparé par les mains de ces braves créatures d’apparence insensibles à toute forme d’humiliation, appelées le peuple tchadien ?! »
Mais faut-il pour cela renoncer à toute forme de lutte puisque la majorité des opposants les plus purs et durs ont baissé les bras ?
Les opposants auront-ils encore, après ce énième ralliement, des gens disposés à écouter leurs discours ?
C’est possible. Il suffit pour cela que les opposants, je parle de ceux qui ont un programme politique, reconsidèrent leurs stratégies politiques qui consistaient à vouloir arriver au finish tout seul.
Ils ont tout intérêt à revoir les structures des coalitions et des regroupements politiques basés sur la pléthore de militants sulfureux au détriment de la qualité, et la refonte des mouvements actuels dans des moules idéologiques solides, d’autre part.
Aujourd’hui plus qu’hier, une réelle volonté de regroupement est plus que nécessaire. Les partis politiques et les mouvements politico-militaires n’ont d’autre choix, s’ils veulent être efficaces, que de former des coalitions viables, basées sur des principes de lutte concrets.
La fusion des deux tendances, FNTR et FNT, est à saluer, mais l’élargissement est souhaitable. La formation des grands blocs mêmes idéologiquement antagonistes est plus efficace que les multitudes des tendances aux principes de lutte chancelants.
Il est temps qu’on finisse avec ces formations tribalo-confessionnelles qu’on appelle pompeusement des partis politiques.
29 Août 05-
Albissaty Saleh Allazam