Que faire pour que les dénominations des avenues, rues et autres édifices ne soient pas fantaisistes.
Dans ma réaction précédente, concernant les dénominations des rues par des noms tchadiens , j’avais mentionné que c’est une bonne chose. Mais j’avais soulevé le caractère un peu trop folklorique de la chose parce que, au fil du temps, on constate que cette affaire de dénomination a pris l’allure d’une politique populiste pratiquée à des fins électoralistes.
Nous savons que la plupart des populistes, à la veille des échéances électorales, s’activent de manière presque hystérique pour gagner le plus des voix possibles. Mais cette pratique à ces règles bien qu’elles ne soient pas souvent honnêtes. Les candidats se livrent à des promesses dont on sait leur portée souvent mirifique ; ces promesses n’ont rien à avoir avec la réalité, mais qui restent quand même, sous d’autres cieux, dans les limites du jeu de l’art de la politique.
Cependant, ce que Deby est en train de faire risque de créer un grand problème à l’avenir car beaucoup des tchadiens n’acceptent pas qu’on leur impose des symboles qui ne convainquent pas vraiment. Je l’avais dit, le Tchad appartient à tous les tchadiens, il est donc inacceptable que le président se singularise par des actions qui devraient acquérir le consentement de toute la nation. Le citoyen honoré par la république n’appartient pas à sa famille nucléaire mais il appartient à la nation toute entière ; c’est une référence nationale.Et donc, sa distinction devrait être une affaire de l’Etat en non un acte partisan à caractère propagandiste.
De même, quand je dis que cette affaire risque de créer des problèmes à l’avenir, c’est parce que lorsque nous aurions un gouvernement responsable, tous ces dénominations devraient être revues ; ce qui ne serait certainement pas du gout des parents et amis de ceux qu’on avait déjà donné leurs noms à des avenues. Et c’est là le problème.
Chez-nous, il faut le reconnaitre, la notion de « Nation » est encore intimement liée à la famille nucléaire ou au meilleur des cas à la tribu. On conçoit le patriotisme à travers le prisme de la famille. Tant que la famille a des privilèges, alors tout est bien. Par contre lorsque la famille perd ses privilèges, alors le régime ou le président est mauvais ; il faudra se révolter contre lui.
De même, lors des différentes cérémonies d’inaugurations de ces avenues ou des rues, les parents des personnes honorées répètent invariablement la même chose : « nous sommes redevables à son excellence Idriss Deby Itno qui a pensé à notre famille. » et donc, pour eux, c’est un geste que le chef de l’Etat a fait l’égard de leur famille et non une reconnaissance de la République vis-à-vis de ses enfants distingués.
Mais que faut-il faire ?
Dans ma première intervention j’avais dit que « cette question doit être soumise à un comité d’éligibilité indépendant du pouvoir en place, à défaut d’un avis populaire direct » mais en discutant avec un ami, ce dernier me disait qu’il nous faudrait « peut être une sorte de panthéon national ». Je suis tout à fait d’accord avec lui. Et donc, il nous faut « une sorte de panthéon national »
Reste que pour entrer dans ce « club du panthéon national» il faudrait définir d’avance les critères de ceux qui seront éligibles. Ceci étant, et sans prétendre la perfection, je propose une idée que je demanderai aux compatriotes d’arranger pour qu’elle devienne une sorte d’esquisse pour servir une base sur laquelle les dirigeants du pays, de quelque couleur politique qu’ils soient, pourront s’appuyer pour ne pas créer des mécontents à l’image de ce qui se passe en ce concerne la distribution des grades dans l’armée nationale où on trouve des enfants généraux.
De la même façon, puisqu’il n’y a absolument pas des critères clairs sur lesquels le pouvoir s’était adossé pour donner des noms des tchadiens à des avenues, l’affaire risque de tourner (si elle ne l’est pas déjà) en une sorte de distribution des honneurs par tribu et partant, chaque tribu se mettra à compter le nombre des « récipiendaires d’avenues » d’autres tribus par rapport aux leurs.
Je n’ai pas une solution miracle pour éviter que les situations annoncées si-haut ne se produisent pas, mais j’avance cette idée pour qu’elle soit complétée par d’autres compatriotes afin qu’elle devienne une sorte de canevas de travail pour éditer les futures critères d’éligibilité des citoyens à honorer.
Et voici donc les grandes lignes de mon idée concernant les critères d’éligibilité.
- Pour l’homme politique
1- L’honnêteté des actes politiques posées, le courage pour ceux qui ont affronté les colons et le dévouement pour la patrie, l’incorruptibilité (dans tous ses sens).
2- N’a jamais détourné de fonds, n’a jamais travaillé contre les intérêts de sa patrie. N’a jamais été condamné pour des malversations ou abus de confiance ou tout autre acte incompatible avec la personnalité d’un homme intègre.
3- Nos anciens rois, sultans et chefs traditionnels doivent aussi répondre aux mêmes critères. (on sait d’ailleurs ceux qui avaient opposé une farouche résistance à la colonisation ; là encore je ne voudrais pas influencer positivement ou négativement les avis)
pour le militaire.
Le militaire à honorer devait avoir servi la patrie avec loyauté. Il devait avoir été distingué par son courage, son dévoiement à défendre la patrie contre l’ennemi extérieur, un stratège, n’à jamais pris part dans une bagarre rangée.
Pour les chanteurs
1- Etre un chanteur patriote c'est-à-dire qu’à côté de ses chansons spécifiques, il devait avoir écrit et/ou interprété des chansons à l’honneur du pays et/ou du peuple et son l’unité.
2- Un comité de lecture et de critiques sera chargé de juger la pertinence de l’objet de la chanson et surtout l’éloquence de la poésie interprétée comme chanson. Cette mesure doit être comprise comme une incitation à la qualité afin que nos artistes ne nous servent pas une « littérature » insipide sans profondeur du sens littéraire.
3- Les cantateurs (chanteurs classiques) nationaux doivent remplir les mêmes critères ainsi que la profondeur du sens de leurs chansons et leurs portées nationales.
- Pour les sportifs
Cela va de soi que les critères sont clairs.
Bien entendu, comme je l’avais déjà souligné, il ne s’agit pas là d’une idée achevée car on remarque l’absence d’autres catégories de citoyens qui s’étaient distingués dans leurs domaines de compétence tels que les policiers honnêtes, les chercheurs et tant d’autres professionnels. Mais une fois de plus, il s’agit d’une idée générale qu’il va falloir arranger.
Enfin, il n’est pas dit que tous les rues doivent être dénommées par des noms propres. On pouvait tout simplement les appeler la 8ème avenue, la 10ème etc. Ailleurs, cela existe bel et bien et ça n’a jamais causé des problèmes d'orientations.
Albissaty Saleh Allazam