12 dec 10/Dénominations des avenues à N’Djamena, qui est tchadien plus que d’autres ?
Généralement, on ne donne le nom à un outil que lorsque ce nom acquiert la reconnaissance d’une certaine majorité ; à défaut de l’unanimité. Le nom donné doit forcement être un nom connu de tous, même pour ceux qui ne l’approuvent pas.
Ainsi, les tchadiens viennent de remarquer avec grand étonnement que des avenues et autres lieux d’intérêt général ont été dédiés à des illustres inconnus de l’ensemble du peuple tchadien.
Si parmi les élus (ceux qu’on a donné leurs noms à des avenues et autres boulevards) sont bien connus du peuple tchadiens tels Joseph Brahim Seid , premier écrivain tchadien d’expression française, Ibrahim Abatcha , un révolutionnaire d’obédience gauchiste, Hassan Djamous et quelques autres illustres tchadiens, la plupart de ces messieurs ne sont pas seulement totalement inconnus de l’ensemble du peuple tchadien, mais ils sont des criminels ou des détourneurs des deniers publics ou les deux à la fois. Et il est très facile de le démontrer.
Il est quand même très curieux qu’au moment où le régime tente de nous faire croire que son acte vise à réhabiliter une catégorie des tchadien parce que, dit-il, ils sont des hommes qui ont lutté pour le droit des tchadiens, on ne voit pas le nom d’un seul membre du groupe des tchadiens, au sud, qui s’étaient révoltés contre leur envoie pour la construction du chemin de fer congo-océan. Ces révoltés ont été massacrés par les colons comme tout tchadien intellectuel le sait. Pourquoi ils sont absents dans la « politique de reconnaissance de Deby » ?
La révolte de notre population au sud du pays contre les travaux forcés pour le compte d’un autre pays fut un acte de courage qui aurait du être écrit en lettre d’or par les autorités tchadiennes. Cette bagarre qui opposa une population autochtone désarmée contre une force d’invasion armée jusqu’aux dents est une fierté pour tout tchadien aimant le Tchad et les tchadiens. Or nous remarquons avec regret qu’aucun leader de cette révolte n’est honoré par la république indépendante.
Idriss Deby prétendait que par ces actes des dénominations des avenues par des noms de tchadiens, il ambitionne de réconcilier les tchadiens entre eux. Excellent et bravos pour les intentions! Sauf qu’à cette allure, au lieu de réconcilier, il risque de creuser d’avantage le fossé de haine entre les victimes tchadiennes et leurs bourreaux à qui il dédie des avenues.
Je ne vais pas citer des noms de bourreaux pour ne pas influencer les avis des tchadiens mais je pose quelques questions aux dirigeants actuels du pays.
Qui a assassiné de sans froid plus d’une centaine de tchadiens à Faya, rien qu’à cause de leur origine ethnique, entre 1979 et 1980?
Qui assassiné de sans froid les quatre-vingt quatre prisonniers de guerres à Amchaaloba, toujours à cause de leur appartenance ethnique ?
Qui a assassiné le groupe du martyr Annour Ahy Almastour (plus d’une vingtaine), à Ati alors qu’ils étaient venus pour négocier la paix? Maitrise en gestion, Annour Ahy ALmastour fut parmi les hauts cadres de la première génération d’après l’Indépendance).
La politique de deux poids, deux mesures de Deby est appliquée même sur ce plan.
On voit le nom de Goukouni Weddey apparaitre mais on ne voit pas les noms de beaucoup de ses camarades. On ne voit pas une « Avenue Acheikh Ibni Oumar » par exemple, pourquoi ?
Que cela plaise ou non, Acheikh Ibni Oumar est l'un des très rares hommes politiques tchadiens les plus honnêtes parmi toute la classe politique tchadienne ; cela est reconnu par les représentants même du régime. Lors d’un débat à la chaine de télévision qatarie « Aldjazzera », avec l’ambassadeur du Tchad à Washington, ce dernier a dit « je ne vise pas particulièrement M Acheikh Ibni Oumar, que nous savons tous un homme très respectable ».
Personne ne pourrait reprocher à M Acheikh Ibni Oumar quoi que ce soit. Ministre de l’Education Nationale au sein du GUNT et ministre des Affaires Etrangères sous Habré, il est le seul haut responsable tchadien à ne pas avoir acheté un seul mètre carré d’habitat pour lui. Ce comportement est pour certain irresponsable parce que jugent-ils, s’il n’était pas « incompétent », il aurait pu profiter de sa situation de ministre dans les régimes précédents et de conseiller à la présidence et ensuite d’ambassadeur du Tchad aux Etats-Unis sous Deby.
La cause de la Haine de Ghaddafi à son encontre est connue de tout le monde sauf pour les malhonnêtes politiques. Parce que Gadhafi voudrait faire pression sur Hisseine Habré à travers son opposition militaire afin qu’il lui remette Khalifa Haftar et les autres prisonniers libyens qui se sont très vite transformés en opposants, Acheikh Ibni Oumar a fait son choix amère. Il avait jugé que même adversaire, Habré est un chef d’Etat tchadien et il était impossible pour lui qu’un étranger fasse des pressions sur un tchadien. Acheikh a purement et simplement regagné la capitale sans tambours ni trompette.
Lors des rencontres entre la résistance et le régime à Tripoli, Gaddafi avait exigé qu’Acheikh ne fasse pas partie des délégations de la Résistance. Bref, ne pas reconnaitre le haut patriotisme d’Acheikh est en soi un antipatriotisme.
Naim Sabit :

Ce grand patriote a passé toute sa vie entre les prisons et l’opposition armée et non armée. C’était un homme pour qui parler de l’intérêt personnel est une insulte à la mémoire de tout le peuple tchadien. Il sacrifia toute sa vie à lutter contre l’injustice, d’abord contre le régime de Tombalbaye et ensuite contre les autres régimes nordistes successifs.
Entièrement francophone, il fut un antifrançafricain de premier ordre. Lors de la conférence nationale souveraine, en 1993, il lança sa désormais mémorable « phrase-définition » de la classe politique tchadienne. Il disait donc en substance « la France n’a laissé comme force vive évoluant autour d’elle que des poltrons, des ivrognes et des pédérastes qu’elle fait chanter à tout moment ».
Vu son opposition au régime de Deby, l’ambassadeur de France au Tchad a voulu le réconcilier avec Deby. Naim Sabit lui répondait par une autre phrase qui reste aussi historique : « je suis tchadien, Deby est tchadien, où est votre problème à vous autres français ? Le différent entre tchadiens, ce sont les tchadiens-mêmes qui lui trouveront des solutions, ne vous mêlez pas de ce qui ne vous concerne pas. »
Dr Outel Bono
Cet honnête médecin et politiquement cultivé ne fut pas simplement un opposant. C’était un grand révolutionnaire. Issu de la zone méridionale du pays, il aurait pu, en tant que sudiste et grand cadre de la première génération de l’indépendance, profiter largement du régime de Tombalbaye. Mais l’homme a choisi de travailler pour la patrie et non pour un président, même sudiste comme lui. Il fut assassiné par le régime de Tombalbaye, à Paris, en 1973, à cause de son patriotisme.
Me Youssouf Togoimi
Un juriste intègre comme il en manque réellement au pays des Sao. Me Youssouf Togoimi fut non seulement le seul juriste qui disait non à l’infraction à la loi de la part de qui que ce soit, mais il fut aussi le seul homme capable d’arrêter ses plus proches parents lorsqu’il juge qu’ils ont commis d’infraction condamnable par la justice. Et il l’a fait à maintes reprises. Assassiné en Libye alors qu’il se rétablissait de ses blessures à l’hôpital.
Dr Mahamat Guétti
Ne le connaissant pas vraiment, je sais pas exactement s’il était un révolutionnaire, mais ce qui est sûr il était un martyr de la démocratie. Le seul motif qui l’a conduit de vie à trépas était qu’il a cru à la démocratie en allant contre la volonté de Deby et conduire sa campagne en citoyen indépendant dans une région considérée par le régime comme sa chasse gardée. Il était assassiné à Faya en plein campagne électorale.
Al hadj Issakha Abdelhadi
Cet homme légendaire, fut un riche commerçant qui exerçait son métier en Centrafrique.non seulement il mit toute sa richesse à la disposition de la Révolte, il rejoignit le Frolinat à la tête d’un important contingent. Son courage légendaire le hissa à la tête des troupes de ce mouvement. Il fut ainsi le premier chef d’état-major des forces rebelles. Il semble qu’il est déjà oublié par les profito-situationniste de la rébellion qui sont aujourd’hui au pouvoir.
Dr Ibni Oumar Mahamat Saleh
Si la politique de dénomination des avenues par des noms des tchadiens vise à réconcilier le président Deby avec ses compatriotes, Mahamat Saleh Ibni Oumar doit figurer parmi les premiers, pour ne pas dire le premier à être honoré. Son histoire se passe des commentaires parce qu’elle est connue de tout le monde.
La liste de nos héros nationaux n’est pas exhaustive. Je pourrais encore citer M Jean-Baptiste , ancien prisonnier de Tombalbaye lors de la première révolte populaire de N’Djamena du 16 septembre 1963 et même Gabriel Lisette , un homme qui avait des grandes ambitions pour le Tchad bien qu’il n’est qu’un « tchadiennisé » par notre soleil, et tant d’autres oubliés que d’autres pourront citer.
En conclusion, je pense que la question de dénomination des rues et avenues ne doit pas être une affaire des humeurs de Deby ou des ses obligés. Qu’on ne nous impose pas des héros que personne parmi les tchadiens ne connait en tant que citoyens honnêtes. Car il s’agit des artères de la république du Tchad et non d'un autre pays.
Cette question doit être soumise à un comité d’éligibilité indépendant du pouvoir en place, à défaut d’un avis populaire direct.
Albissaty Saleh Allazam