Un programme politique qui n'existe pas

Publié le par Albissaty

Annoncé avec fracas, le programme politique du premier ministre tant entendu par toute la communauté tchadienne s'avère être un simple discours rédigé plus à l'intention du chef de l'Etat que d'un plan d'action échelonné dans le temps et dans l'espace auquel il demande l'approbation du parlement.

Nous aurions aimé avoir un programme politique digne de ce nom pour juger sa pertinence. Hélas! Nous nous sommes trouvés devant des assertions du genres " C'est l'occasion pour moi d'adresser ma gratitude au Chef de l'Etat qui a bien voulu me nommer Premier Ministre, Chef du Gouvernement, le 15 avril 2008(…) et à compter de ce jour, je me considère co-responsable avec le Président de la République de tout ce qui peut advenir aux Tchadiens et à leur pays". Ensuite, le premier ministre reconnaît l'absence d'un programme lorsqu'il dit : " Je ne prendrai pas beaucoup de votre temps car, comme l'a dit mon prédécesseur à qui je rends hommage, mon programme est celui du Président de la République qui a placé son quinquennat sous le signe du social, c'est à dire le bien-être des Tchadiens." Point final; pas de programme!

Et donc, comme son prédécesseur, il ne vois pas la nécessité d'élaborer un programme, mais " En tant que Premier Ministre, (sa) mission est de concrétiser et de rendre plus visibles les engagements du Chef de l'Etat contenus dans son programme". D'une certaine manière, il a raison. A quoi servirait-il de se tuer dans la conception d'un programme lorsqu'on sait d'avance qu'il ne sera jamais mis en exécution. D'ailleurs, le chef de l'Etat lui-même n'a pas un programme digne de ce nom; comme tous ses challengers dans les simulacres d'élections présidentielles.

Pas de programme politique; pourquoi, dans ce cas, un premier ministre et, surtout, pourquoi nous faire attendre un programme qui n'en est pas un? Est-ce pour entendre le premier ministre dire: "Etant proche collaborateur du Président de la République, je crois comprendre les ambitions de cet Homme pour notre pays, comme en témoignent ses nombreuses réalisations" en prenant le soin d'écrire Homme avec un grand "H" comme si Deby représente le genre humain tout entier ? Ce qui frappe le lecteur dans ce discours d'allégeance -je crois que c'est l'appellation qu'il mérite- est son style debyen c'est-à-dire plein de contradiction. Je crois même que la contraction dans les propos dans un même discours est devenue "la marque déposée" des "hommes des tas" du régime Deby. Contradictions ou excès de zèle?

Si les contradictions, dans un discours, apparaissent souvent et toujours lorsque l'orateur s'hasarde à raisonner en prenant partie pour un sujet dont il n'est pas convaincu; juste pour plaire à l'auditoire, alors, Youssouf Saleh Abbas qui, il n'y a pas longtemps l'un de nos héros, a battu les recours avec ces désormais inoubliables assertions suivantes: " La démocratie et l'Etat de Droit qui sont des acquis indéniables de l'avènement du 1er décembre 1990, sont souvent mis à rude épreuve" et surtout : " Les élections démocratiques ont été ont été organisées en 1996, 2001 et 2006 et ont donné la preuve de la maturité du peuple tchadien à s'approprier le processus démocratique" En tout cas, ce que YSA lisait face à ce qui tient à Deby de parlement, non seulement ne représente pas un programme, mais ne ressemble même pas à discours d'intention digne de ce nom.

Albissaty Saleh Allazam
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