La loi 001 et l’opposition tchadienne
La décision du président Deby de mettre un terme à la loi 001, en vertu de laquelle 10% des revenus du pétrole devaient être thésaurisé au profit des générations futures, a fait couler beaucoup d’encres et de salives. Contre cette disposition, la plupart des acteurs politiques (les opposants) parlent d’une seule voix : « il n’est pas question que Deby fasse adopter par ce qui lui tient de parlement, une mesure levant l’intouchabilité de cette cagnotte. »
En effet, l’une des raisons qui ont poussé le gouvernement à revoir cette fameuse loi 001, selon le ministre de l'Économie et du Plan, est que pour « l’encours, fin 2005, s’élève à 872 milliards francs Cfa dont 475 milliards sont dus au seul groupe de la banque mondiale, tous guichets confondus. Le service de cette dette pèse lourdement sur les finances publiques, privant celle ci d’atouts considérables pour financer son développement".
En d’autres termes, les prêts de la Banque Mondiale, au lieu d’accompagner le processus du développement du pays, ils le plongent dans une situation de dépendance financière perpétuelle, handicapant de ce fait toute relance économique d’envergure.
Il faut reconnaître que c’est une raison de taille, car aucun gouvernement n’accepterait que son pays soit perpétuellement endetté. Cette raison-là, plus qu’une raison ; c’est un combat, une guerre ; une raison de vivre pour un chef d’Etat patriote, et son peuple que cette mesure concerne en premier lieu, a le devoir de le soutenir avec tout ce dont il est capable, y compris le sacrifice suprême.
Seulement, en ce qui concerne notre gouvernement, il n’a avancé cette raison que dans le seul but de faire adhérer à sa logique une bonne partie de la population qui subit durement l’assèchement chronique du trésor public d’une part et d’autre part convaincre la communauté internationale de la pertinence de la mesure. Mais n’empêche que pour une fois le combat de Deby est apparemment juste.
Quant à la Banque Mondiale, parce qu’elle trouvait son compte dans ce « modèle de gestion » des revenus pétroliers tchadiens, elle a toujours délivré des certificats d’aptitude au régime, le classant comme un modèle à copier. Aujourd’hui, cette même banque menace de cesser ses prêts au Tchad justement parce que le pays voudrait faire sauter le verrou qui l’empêchait d’accéder aux fonds qui étaient officiellement destinés aux futures générations tchadiennes.
Aussi, les tchadiens avertis savent que le rapatriement de ces fonds émeut la banque mondiale pour des motifs qui peuvent être tout sauf qu’ils soient pour le bien des futures générations tchadiennes.
L’attitude de la Banque Mondiale vis-à-vis du régime de Deby, avant que ce dernier, pour des raisons liées à sa survie, n’essaie de toucher aux 10%, a été invariablement positive. Avant cette affaire de la loi 001, la banque mondiale a toujours octroyé des témoignages de satisfaction au régime du président Deby alors que nous croupissons dans la misère, et bizarrement, l’opposition tchadienne, pour des raisons incompréhensibles, soutient la Banque Mondiale dans sa manière de s’approprier de nos ressources et les fructifier à son seul profit.
En effet, ce comportement de l’opposition pousse plus d’un tchadien à réfléchir sur les méthodes de lutte de cette dernière dans une démocratie dite pluraliste, son utilité en temps que force politique qui non seulement doit s’opposer à toute action nuisible du gouvernement, mais aussi qui se bat par tous les moyens aux côtés du citoyen pour défendre ses intérêts.
Une opposition patriotique n’est pas forcement une négation « absolue » du pouvoir. Si, par moment, elle a le devoir de s’opposer aux méthodes de gestion du pouvoir qui ne répondent pas aux intérêts de la nation, elle devrait, dans certains cas, faire front commun avec ce même pouvoir lorsque ce dernier entreprend des actes qui vont dans l’intérêt de la nation.
L’opposition patriotique est bien une contradiction, mais une contradiction qui apporte l’ingrédient nécessaire au processus du développement. Dans le cas qui nous intéresse, au risque d’être incompris, je croix que ce n’est pas la révision de la loi 001 qui pose problème en soit. Ce qui pose problème est dans quelle poche échoueront ces 10¨%.
Loin d’être une position résultant d’une analyse approfondie de la situation économique de la république, ce comportement de l’opposition tchadienne montre bien la nature de sa lutte qui n’a d’autre objectif que d’éjecter Deby du pouvoir par tous les moyens y compris par ceux qui vont à l’encontre de l’intérêt de la nation.
Ce qu’il faudrait que l’opposition adopte comme attitude face à ce sujet est plutôt le soutien de cette initiative parce que si, aujourd’hui, il se trouve que c’est Deby qui est le chef de l’Etat, demain, ce sera un autre tchadien qui le remplacera à cette fonction et il aura à entreprendre un bras de fer semblable avec cette institution ou avec une autre pour des raison de souveraineté. Quant aux futures générations, elles n’ont pas seulement droit aux 10% des revenus du pétrole, mais bien plus que cela.
Mais peut-on envisager le futur sans le présent ?
Selon une enquête de l'Unicef et du gouvernement réalisée en 2000, plus de 40 % des enfants de moins de 5 ans et 20 % des adolescents souffrent de malnutrition chronique. Près de deux enfants sur sept souffrent de retard de croissance ou sont trop petits pour leur âge.
Ces enfants-là n’ont pas droit à la nourriture, aux soins appropriés, à l’éducation ?
Au nom de quel pragmatisme économique faudrait-il exclure ces jeunes tchadiens. Ont-ils tord d’être nés plutôt que prévu par la loi 001 ?
N’est-ce pas cette génération du présent qui a le devoir d’encadrer celle du « futur » ?
Et comment pourra-t-elle l’encadrer si elle-même est sous éduquée, malade, pauvre et j’en passe ?
N’est-ce pas la raison principale de foisonnement des partis politiques, des oppositions armées et toutes ces organisations fictives appelées non gouvernementales est la pauvreté ?
Et les chefs des partis qui vendent leurs âmes, n’est-ce pas parce qu’ils sont d’abord pauvres ? Les coalitions contre nature et…
Les nouvelles générations ont besoin d’un pays réconcilier avec lui-même, une économie en bonne santé, des infrastructures modernes, des écoles, des instituts et des universités performants, et surtout des enseignants cultivés et compétents ; mais tout cela ne se réalisera que grâce à l’utilisation des toutes les ressources disponibles. Bien entendu, des ressources bien gérées.
Les nouvelles générations n’ont pas besoin d’hériter d’un pays en lambeau où sévit une misère qui côtoie l’ignorance et la maladie.
La position de l’opposition contre la suppression ou la modification de cette loi 001, à mon sens, témoigne soit de l’insuffisance de visibilité politique, soit de la forme de l’opportunisme la plus abjecte ou au meilleurs des cas, de l’inculture associée à l’absence total d’amour et pour la patrie et pour ceux qui y vivent, y compris les générations futures.
Non, il n’y a aucune logique économique dans le fait d’affamer les présents et gardez la nourriture pour ceux qui ne sont pas encore nés. Quant à ce que les tchadiens attendent de M. Paul Wolfowitz, au lieu de chercher à parler au téléphone avec Deby concernant une affaire qui concerne tous les tchadiens, il faudra qu’il reconnaisse publiquement que Deby a détourné les deniers publics qui aurait servit à construire un pays viable pour les générations futures.
En tout cas, les 10% comme toutes les recettes de notre pays, sont notre argent à nous, et ni la banque mondiale ni aucun autre pays n’a le droit de nous dicter ce que nous en feront. Par contre, nous demandons à l’occident de cesser toute forme de soutien à Deby et nous laisser face à face. Nous sauront le débusquer et assainir nos finances notamment en matière de la gestion de nos ressources pétrolières et épargneront aux futures générations ce que nous jugeront nécessaire d’épargner.
Oui, le président Deby a besoin de cet argent pour des besoins que tout le monde imagine ; mais ne confondons pas sa mauvaise gestion et le droit de notre pays à devenir souverain.
L’opposition, par contre, doit réclamer que ces fonds comme toutes les recettes du pétrole soient mis dans un compte spécial en attendant le départ du tyran, et verser à une commission de la société civile ce qu’il faudra pour payer les salaires des fonctionnaires. Deby ne doit toucher aucun centime.
En conclusion, oui pour que le Tchad gère souverainement ses ressources financières et non pour que Deby entre en possession de ces ressources.
12-01-2006
Dr ALBISSATY Saleh Allazam
contexte:
Cet article a soulevé beaucoup des critiques en son temps, de la part de mes camarades de lutte. Les camarades pensaient qu’en tant qu’opposant, je devais être du côté de la banque Mondiale. Or, selon eux, cet article est un soutien qui ne dit pas son nom au président Idris Deby. Ce n’était pas ma conviction parce que je croyais et crois encore que, même opposant, je ne devais pas donner raison à une institution étrangère de s’ingérer dans la manière de gérer ma patrie, sous quelque motif que ce soit. L’un de mes camarades m’a même dit : Albissaty, tu n’es pas un journaliste d’investigation mais un opposant, sache-le. Tu devais soutenir n’importe quelle action qui milite en faveur de l’affaiblissement du régime en place.