Opinion : Irrévérence pour l’insolence ou suffisance.
Chers lecteurs, chers camarades de lutte, chers compatriotes.
Depuis un certain moment, je suis rongé par une irrésistible envie de « vider mon sac » par rapport à une question qui me tient à cœur.
Je dois aussi vous dire que j’ai consulté, à ce propos, un certain nombre d’amis s’il faudrait que je m’explique sur mon style « irrévérencieux » dont un ami me reprochait.
S’il y avait parmi les amis consultés, ceux qui me disaient « ça ne vaut pas la peine », la majorité me poussait à réagir. Longue hésitation et, finalement, me voici à mon clavier.
En effet, il y a presque deux mois, un de mes amis me reprochait mes propos rédactionnels. Il les trouve quelque peu désobligeants autant envers les hommes politiques tchadiens au pouvoir qu’envers une certaine opposition. Franchement, à une nuance près, je suis du même avis que lui.
Mais cette nuance-là, c’est l’angle à partir duquel on se tient pour lire mes articles. On est opposant ; quel opposant ? Réel ou fictif, ou de la mouvance présidentielle. S’il n’est pas donné à n’importe qui la capacité intellectuelle de discernement, au Tchad, et ce, même au sein de la classe dite intellectuelle, nous avons cette fâcheuse tendance d’être pour ou contre une opinion selon nos affinités d’abord tribales et régionales, et ensuite confessionnelles.
S’il est vrai que les différents régimes qui se sont succédés n’ont pas fait grand-chose pour modérer la tendance presque chauviniste d’une certaine catégorie de tchadiens, les deux derniers régimes ont développé cette mentalité à tel point qu’elle est devenue presque une idéologie pour certains. Les conséquences de cette politique divisionniste sont la naissance des approches politiques gouvernementales dénuées de tout sens de patriotisme et, par ricochet, la plupart des partis politiques utilisent ces mêmes procédés pour « se faire voir ».
Mon ami disait que mon langage n’est pas celui d’un fin politique. C’est vrai. Seulement, il semble qu’il n’a pas compris le sens de ma lutte. Je n’ai jamais prétendu être un homme politique. Et franchement, la politique telle qu’elle est définie par nos politiciens ne me convainc pas.
Autre chose : pour moi, il y a une grande différence entre un politicien et un révolté ; moi, je suis de la seconde catégorie. Je ne suis ni plus ni moins qu’un révolté contre un système macabre, sadique… et donc, je n’ai nullement envie de traiter ses représentants avec révérence.
Serais-je issu d’une famille qui n’a pas su éduquer son rejeton les bonnes manières et le respect de l’autre, une suffisance ? Pas du tout. Seulement, les complaisances, à mon avis, ont des limites
Dites-moi, ô tchadiens éclairés : quel langage devrais-je utiliser vis-à-vis des soi-disant citoyens qui n’ont aucun respect pour la vie humaine ; qui ont mis le pays dans une situation telle que le narrateur le plus talentueux serait incapable de décrire.
Le système a rendu des hommes autrefois dignes des bouffons, des proxénètes ; et tout ça, à cause du pain. Le pain est devenu une jouissance privée du clan au pouvoir. La masse doit se plier en quatre pour arriver à apporter quelque chose pour les « enfants », le soir, si toute fois elle arrive quand même à la maison saine et sauve.
Pour le commun de tchadiens, chaque jour qui passe est un miracle. Miracle parce qu’il est en vie. Dans les mosquées, la prière de l’imam « allahouma ahfazna » c'est-à-dire Allah garde-nous, n’a plus son sens d’antan qui veut dire grade-nous des péchés, mais plutôt garde-nous des agressions du clan au pouvoir. Le peuple vit avec la peur aux entrailles. Un climat de terreur qui n’a d’équivalent que la moralité sauvage, au vrai sens étymologique du terme, des occupants du palais présidentiel et leurs serviteurs pêchés dans différents milieux de la société tchadienne.
Y a t-il un comportement plus insolent que cela !
Je voudrais, surtout, qu’on me croit que ce n’est pas de gaieté de cœur que j’utilise ces termes, qui semblent pour certains, déplacés. J’avoue que, personnellement, j’en suis choqué.
Oui, parfois, je me sens même ridicule. Mais, quand je pense à l’énormité des crimes de tout genre, perpétrés contre mes compatriotes, quand je pense aux innombrables cas de viol qu’on fasse subir des adolescentes sans défense, quand je vois des gosses errer dans les rues, ignorants la définition même de ce que c’est l’école ; quand je vois des vieillards qui ont passé toute leur vie à servir un Etat qu’il croyaient reconnaissant, mais cet Etat les laissent à la merci des intempéries, sans abris, bousculés voire humiliés par des fonctionnaires sans éthique devant des soi-disant guichets de payement de leur aléatoire pension ; quand je vois tout cela, et si seulement cela, je trouve que mon langage envers ces hommes « de tas » est ce qu’on appelle des caresses dans le sens du poils.
Voyons, seulement pour l’année 2000, selon une enquête de l'Unicef, plus de 40 % des enfants de moins de 5 ans et 20 % des adolescents souffrent de malnutrition chronique. Près de deux enfants sur sept souffrent de retard de croissance ou sont trop petits pour leur âge.
Cela n’est-il pas grossier de la part d’un régime qui a obtenu de la communauté international plus que tout ce que les autres régimes réunis ?
Sur l’étendu du territoire, les cas des viols, d’assassinats pour le plaisir d’assassiner, de vols à mains armées et que sais-je encore… se passent par dizaines; ne parlons plus de tortures que le pouvoir clanique confond allégrement aux séances de massage des kinésithérapeutes et dont-il pense qu’il a le devoir de populariser. Cela n’est pas grossier !
Non, je crois qu’aucun citoyen aimant sa patrie et son peuple ne trouvera que les qualificatifs que je « distribue » aux tenants du pouvoir, sont plus choquants que leurs actes.
Et s’il y a, malgré tout cela, quelques uns qui trouvent que mes propos sont « disproportionnés » par rapport au mal que les debyistes font subir au peuple et à la patrie, je leur dirais que je ne suis pas de leur avis.
ALBISSATY Saleh Allazam