Sans complaisance.

Publié le par Albissaty

Sans complaisance.

 

  Sous le règne du calife abbasside Abdulrahman, un homme appartenant à la grande bourgeoisie formulât une demande d’audience.

L’intendant du palais qui assurait le rôle du directeur de cabinet lui demandât :

Vous êtes un scientifique ?

Non, fût la réponse du richissime.

Vous êtes alors un homme de lettres, d’arts…

Non plus, je voudrais le voir pour autre chose.

Si c’est pour autre chose, je vous conseille d’allez voir le vizir. Car, l’émir des croyants préfère plutôt l’assemblée des hommes de science, et vous, vous n’en avez aucune.

Pour la petite histoire, ce fut  sous le règne de ce calife que l’homme (Abbas Ibni Firnass) avait, pour la première fois, tenté de planer. Ce fut à Cordoue, en territoire de l’actuelle Espagne.

 

  L’assemblée du président Deby, elle, est constituée  des individus dont la seule « science » qu’ils maîtrisent est la délation, les monstrueuses facéties, la diffamation et autres indignités du genre vous avez toujours raison, monsieur le président.

 

 L’opposition plus au moins représentative s’étant retirée soit du gouvernement soit du pays,  c’est une vraie délinquance politique qui se pratique  autour du président. Certains opposants  se confondent allégrement aux militants de son parti. L’ardeur au pillage des ressources nationales avec laquelle se distinguent ces opposants sans être inquiéter suscite bien cette interrogation :

 Les autorisations de fonctionnement qui leur ont été délivrées, étaient-elles conditionnées par leur participation à la mise à sac de la république ?

 

 Toute fois, la sérénité qu’affiche le chef de l’Etat face à son opposition laisse penser qu’il est assuré que personne n’hausserait le ton au risque d’être traînaillé en justice pour détournement des deniers publics, comme se fut le cas avec deux membres de son clan qui ont oublié que c’est lui leur « bâtisseur ». Aucune dichotomie n’est possible entre les deux entités, le MPS et l’opposition, quant à leurs responsabilités dans  cet effroi économique qu’ils ont occasionné. La responsabilité étant collective, ils travaillent la main dans la main pour approfondir le sommeil des tchadiens. A propos de sommeil, n’est-ce pas tout le monde dort ?

 

 Au pays des Sao, il n’y pas que le président qui a peur d’une prise de conscience du peuple. L’opposition l’est encore beaucoup plus.

A part Deby, quel président qui pourrait bien avoir besoin d’une opposition pareille!

 

Il n’y a pas de développement sans contradiction, et la sagesse veut que pour être sûr de la justesse de l’action qu’on a à entreprendre, il faudrait d’abord l’exposer aux critiques.

 Le président Deby, lui, a horreur des critiques. C’est pourquoi il s’entoure de ces nullités totalement inefficace et nuisible au débat contradictoire,  seul critère d’une démocratie réelle.

 

Un pays ne se construit pas sur la base des ragots. L’opposition a un rôle très important à jouer dans le processus démocratique, de même qu’elle serve  de  « vigile » d’une bonne gestion des ressources nationales par le gouvernement. Malheureusement pour les tchadiens, la lutte de l’opposition tchadienne s’arrête au seuil du ministère.

 Une vraie opposition n’accepte d’entrer au gouvernement que lorsqu’elle est assurée qu’au moins une partie de son programme politique serait prise en compte par le parti au pouvoir. La notre n’a aucun programme à proposer. Elle nous a habitué, au contraire, à des critiques du genre Deby gouverne seul. N’est-ce pas la plupart de ses leaders ont, au moins une fois, fait partie du gouvernement ? Qu’ont-ils fait ?

Presque tous les départements ministériels ont, au moins une fois, connu un chef issu de l’opposition, mais il ne s’est jamais distingué ni par l’assiduité au travail ni par le développement du secteur coiffé par son ministère.  

 

Bien sûr, nous ne demandons pas à Deby d’être un Abdulrahman, Il ne pourrait être que Deby, et nous lui accordons ce droit. Seulement, en tant que citoyens, nous nous posons la question suivante : A quoi ça sert, un président ? Un président parfaitement insouciant de l’avenir de son peuple, totalement indifférent du degré d’arriération de son pays par rapport aux autres nations ; ce président-là, est-il président ?

 

 L’indice de grandeur d’un chef d’Etat est égal à la somme de ses réalisations qui sont inversement proportionnellement au temps mis au pouvoir. Mais, quelles sont les réalisations du président Deby ?

 Plus de 400 ministres en quatorze ans ; c'est-à-dire la quasi-totalité de ce que la république a produit comme cochonnerie.

 Résultat : Un Etat complètement délabré ; pas d’armée digne de ce nom, pas de police, pas de routes, pas d’eau, pas d’électricité, pas d’écoles… absolument rien. Et pourtant, nos responsables sont plus présents aux aéroports internationaux qu’aux lieux de leur travail. Autrement dit, il voient bien comment les autres construisent leurs pays, mais cela ne leur provoque aucune jalousie. Désinvolture totale.

 

Non, je crois que le moment des indulgences vis-à-vis du voyoutisme politique est révolu, et il est grand temps que les choses soient appelées par leurs noms. Les complaisances ont leurs limites. Surtout quand il s’agit des affaires de la patrie. Les biens de l’Etat ne sont pas des biens privés ; la vie des hommes est sacrée. Il est inexcusable qu’on y ferme les yeux juste pour ne pas indisposer un ami ou un parent qui est dans la cour du chef. Agissons  vite et …sans complaisance !

 

article écrit en 2005

Publicité

Publié dans Actualité

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article