Enseignement tchadien: Le métier de l’humiliation

Publié le par Albissaty

   Depuis l’action des enseignants pour leurs droits, on s’attendait à une réaction de la part des dirigeants de N’Djaména, ne serait-ce qu’une promesse assortie d’un calendrier qui fixe l’échelonnement des solutions de leurs problèmes.

Surtout qu’il est écrit noir sur blanc que l’argent du pétrole doit aller, en partie, à l’enseignement, puisqu’il est retenu comme secteur prioritaire.

 

Mais, le gouvernement ne l’entend pas de cette oreille. Cette action pour légitime qu’elle soit, aussi urgente soit-elle, ne semble pas attirer  l’attention gouvernement.

 

Sous d’autres cieux, les conditions dans lesquels travaillent et vivent ces braves cadres ne sont tout simplement pas imaginables.

Les arriérés des salaires sont devenus si nombreux que les intéressés se rappellent à peine de ce montant  de misère.

 Par moment, le salaire, lorsqu’il est payé,  crée plus des problèmes qu’il n’en résolve.

 

Généralement, il n’est dans la poche des bénéficiaires que la durée du trajet entre le payeur de l’établissement et le boutiquier le plus proche du domicile de l’enseignant. Et le cycle recommence

 

Il faut ajouter à cela, le comportement belliqueux des progénitures des dirigeants du pays vis-à-vis de ceux qui sont chargés de leur transmettre le savoir.

 

Les forfaits  contre les éducateurs de la nation vont des bastonnades aux assassinats sans que le gouvernement ne lève le petit doigt.  Malgré tout cela, et si seulement cela, les enseignants forment la catégorie des fonctionnaires la plus présente dans les lieux de leur travail.

 Pourtant, à chaque fois, ils doivent aller en grève pour avoir leurs salaires. Et à chaque fois, le gouvernement leur paye un mois de salaire et un chapelet de promesses qui ne seront jamais tenues.

 

A propos des promesses, et malgré cette crise sociale grandissante, le chef de l’Etat ne s’est pas privé d’autres promesses aussi chimériques que celles qu’il a toujours faites depuis quatorze ans de pouvoir.

 

En effet, entre autres fictions, il annonce à son nouveau gouvernement «  qu’Il faut faire le bonheur du peuple et non son malheur. Il faut reconstituer le tissu familial déchiré par des années de guerre en aidant les Tchadiens à vivre ensemble et mieux".  Bien dit. Mais les enseignants ne sont-ils pas la cellule la plus importante de ce tissu-là ?

  Et puis qui est entrain de « déchirer » le tissu social ?

N’est-ce pas en partie, par ces enfants qui viennent en classe avec des armes à feu, immunisés contre les poursuites judiciaires, narguent les enseignants et les assassinent quand ça leur chante?

 

Quant à la guerre, qui l’entretient avec des sommes astronomiques qui peuvent révolutionner l’enseignement  et rendre la fierté perdue de l’enseignant. C’est bien à travers l’éducation que l’on peut reconstruire une vraie paix et les peuples retrouveront leurs harmonies comme si rien n’était !

 

Ces genres de déclarations sans lendemains, n’édulcorent  plus personne ; surtout pas les enseignants qui mènent une vie sans pareille ailleurs.

A la question de savoir pourquoi les enseignants sont mieux payés que les autres fonctionnaires y compris les médecins, le défunt Houphouët Boigny, ex- président de la Côte-d’Ivoire, répondait : «  on ne peut pas mépriser celui  à qui on confie l’éducation de ses enfants »

 

  Chez-nous, les dirigeants trouvent même que l’enseignement  est le métier le plus méprisable, oubliant qu’eux-mêmes sont sortis des ces « établissements du mépris».

  

   Est –ce à cause de cette façon de concevoir l’éducation qu’une partie du budget allouer au Département de l’enseignement va dans les commandes des voitures Toyota grosses cylindrées et autres marques dernier-né qui ne sont utilisées que par les responsables, lesquels procèdent à leurs reformes le mois suivant et l’autre partie du budget va directement dans leurs poches ?

 

  Non, les revendications des enseignants sont plus que légitimes.

Il est même du devoir de toutes les couches de la nation de les soutenir activement pour qu’ils obtiennent leurs droits. Ce ne serait pas une première.

 

En Mauritanie, par exemple, toute la population était sortie dans la rue pour soutenir leurs enfants qui ont enregistré des arriérés de bourse, de même qu’elle a soutenu les enseignants pour les mêmes raisons.

 Aujourd’hui, les élèves comme les enseignants de ce pays ne connaissent plus ces genres de problèmes.

 

Alors, question : Quand est-ce que nous autres tchadiens comprendrons que la lutte pour les droits des uns est intimement liée à celle des autres ?!

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