Journalistes tchadiens, attaquez nos vrais problèmes!
Nous n’avons besoin d’une presse griotte qui passe son temps à faire les éloges d'un régime criminel et terroriste qu’est celui de Deby ou une autre qui publie des conclusions, affinités tribales et confessionnelles obligent, synonymes à plutôt des recommandations dignes des ateliers ou des colloques des chefs des cantons demandant des faveurs pour leurs régions.
Pour s’en apercevoir, il suffit de parcourir notre presse nationale dite indépendante et la dépendance quasi-hystérique de celle-ci aux origines du directeur de publication vous saute aux yeux. Une horreur journalistique. Dans ces journaux on ne parle pas en tant que tchadien, mais en ressortissant de la région du fondateur du journal et, de ce fait, le papier devient plutôt l’organe d’expression de la communauté.
Malheureusement, le régime qui se singularise avec son crétinisme intellectuel inégalable et inégalé semble aimer que cet état d'esprit primitif reste le dénominateur commun de nos cadres supérieurs et même l’encourage (je donnerai de l’exemple plutard). Ce qui fait le bonheur de Deby, et ses parents. Le constat est franchement révoltant. On remarque que depuis l’avènement de Deby, les intellectuels de tout bord sont devenus incroyablement inimaginatifs. Leur coefficient intellectuel est redevenu ridiculement bas.
Est-ce une manière délibérée de faire plaisir à nos princes pour obtenir leur faveur ou bien c'est un phénomène biologique, non connu encore, qui fait que le terrorisme d'un chef d'Etat affecte la matière grise de ses sujets qui les rend ainsi des nains culturels. S’il est vrai qu'une ou deux plumes soulèvent des questions d'importance bien nationale, la majorité écrasante se livre à une guéguerre, par journaux interposés, autour des thèmes qui distraient l'opinion publique (j'en reviendrai plutard) au lieu de se concentrer sur la nature du pouvoir et voir les voies et les moyens pour le ramener à la raison ou, aux meilleurs des cas, le chasser du pouvoir.
Au Tchad, je crois, nous avons nos priorités qui ne sont pas forcement celles des autres nations. Ainsi, quand je lis dans certains de nos journaux des passages qui qualifient nos dirigeants de médiocres, j'ai envie de prendre des tranquillisants, et, à forte dose. Car, un médiocre a quand même une connaissance, mais insuffisante. Or, ce n'est pas le cas de nos chefs. Ils sont, tout simplement, des proxénètes politiques, des fripouilles à la tête des fripouilleries qu'ils appellent pompeusement des Ministères; une véritable cosa nostras sans foi ni loi qui pille allégrement les ressources du pays sans qu'aucun petit doigt de ces supposés intellectuels ne s'élève.
Au lieu de contribuer, sans le savoir peut être, à disperser nos forces en pérennisant des thèmes bien que très importants tels que le confessionnalisme, la géopolitique et le bilinguisme et qui sont traités, croyez moi, de manière très partiale, nos journaux doivent concentrer leurs efforts sur la conscientisation de la population afin qu'unie, conscientisée et aimant le Tchad et non ses chefs tribaux ou religieux aucune force tribale ne pourra l'assujettir. Je pense franchement que ce qui est urgent pour nous actuellement c'est l'unité d'action qui est le gage d'une pression effective sur ces assoiffés de sang et du pouvoir.
Je crois aussi que notre vrai problème est que ces cancres à l'école comme en politique nous chantent en permanence notre pauvreté notre manque de moyen sans que personne ne leur fait savoir le contraire.
Notre vrai problème qui est, d'ailleurs notre honte nationale est que le pays avec ses 1.284.000 km2 et à avec peine dix millions d'habitants est incapable de se nourrir.
Nos vrais problèmes sont qu'en plus de 40 ans d'indépendance nous n'avons aucune route véritablement bitumée.
Nous avons l'unique capitale au monde qui n'a ni eau ni électricité.
L’unique pays au monde où pour prétendre à un poste supérieur il fallait vider les caisses de ton précédent poste (c'est une marque de compétence chez nous.)
L’unique pays au monde, où les prisons sont des garderies pour voleurs des tomates, des cigarettes et autres concombres.
L’unique pays au monde où le crime est un acte de bravoure et la bravoure est un manque de sagesse.
L’unique pays au monde où le directeur de cabinet du ministre est un garçon de course et le directeur technique, le restaurateur.
Je ne citerais jamais assez nos problèmes, mais à mon sens, c'est sur ces thèmes qu'il faudrait concentrer nos efforts et notre littérature. Or, des groupes des Tchadiens se plaisent dans des dissertations telles que le bilinguisme, qui semble être une forme d’islamisation forcée des non musulmans, pour certains, et d'autres encore ne se lassent pas de répéter à longueur des journées que tous nos problèmes proviennent des premiers dirigeant des années de l'indépendance, comme si le pays est condamné à revivre éternellement les erreurs des premiers.
D'un autre côté, il y a ceux qui se veulent plus subtiles en faisant passer des messages haineux qui dénotent d'un racisme primitif. Leur médiocrité culturelle n'a d'équivalent que leur fulminante ascension, sans explication aucune, au près de leur cousin de chef d'Etat. A croire que seule la maîtrise de la langue de Montesquieu, leur langue d'expression, pourra les faire passer pour des historiens et donc des intellectuels. Je fais allusion, ici, à ceux qui écrivent l'histoire tchadienne en la subordonnant à leur propre tribu.
L’histoire humaine, contrairement a ce qu’affirmait Timane Deby, "nous sommes au pouvoir pour toujours" disait-il, nous enseigne qu'aucun pouvoir n'est éternel à part celui de Dieu? Il semble même que le Tchad de Deby ne compte plus en son sein des vrais intellectuels. Les discours et les prises de position de ces derniers n’ont aucun rapport avec la réalité des faits qui les entoure. On n’a pas besoin de lire entre les lignes pour s’apercevoir que la plupart des nos soi-disant écrivains qu’ils soient journalistes, essayistes, ou historiens ne prennent la plume que pour exorciser les valeurs de leurs tribus, région ou religion. Arrêtons ce jeu !
article écrit en nov 2004
Dr Albissaty Saleh Allazam