Le droit de Veto : Pourquoi faire?!
Depuis l’annonce de la gratification à l’Afrique des sièges permanents aux Nations Unies, un certain nombre d’Etat africains orchestre une diplomatie tout azimut, chacun faisant prévaloir des aptitudes qui, juge-t-il, le feront passer pour l’idéal candidat.
Tabo Mbeki, pour démontrer le sérieux de son pays, a lâché son vice-président à la merci des médias pour cause de corruption.
Une certaine altercation verbale interafricaine, à cause de ce droit rétrograde, a même été constatée par les observateurs. Le ton a été donné par un officiel nigérian en traitant l’Afrique du Sud d’« Etat des Blancs ». Le Sénégal met en avant sa francophilie au nom de la francophonie africaine et l’Egypte s’agite sur son coin.
Mais, a-t-on réellement mesuré l’importance de ce redoutable instrument d’admonestation utilisé depuis son adoption jusqu’à nos jours par les pays, surtout occidentaux, au détriment des pays économiquement faibles ?
Le droit de veto, comme la bombe atomique, plus qu’un droit, est une responsabilité. Malheureusement, de par leur philosophie hégémoniste, les néocolonialistes s’en servent toujours comme une arme tantôt défensive, quand les voix des « pauvres » l’emportent, tantôt offensive voire répressive contre les Etats du tiers-monde, mettant ainsi en cause le principe même de la vraie démocratie qui consiste à faire prévaloir la raison de la majorité tout en tenant compte de celle de la minorité.
Raisonnablement, ce droit engendré par les Etats vainqueurs à la deuxième guerre mondiale pour se donner une suprématie juridictionnelle face à l’océan de pays faibles au sein du « machin », ne devrait même pas voir le jour. On ne peut parler de démocratie lorsqu’un seul pays bloque la volonté de tout un ensemble au moyen d’un instrument aussi antidémocratique que l’homme ait jamais conçu au 20eme siècle.
Les Etats-Unis, premier pays utilisateur de ce droit scandaleux, ne l’ont utilisé ni contre le régime raciste de Pretoria, durant toute la période du règne de l’apartheid, ni contre Israël qui foule aux pieds toutes les résolutions du conseil de sécurité.
Les Etats africains doivent rechercher leur puissance dans leur unité d’action, dans leur complémentarité économique, dans leur conviction que seule la force économique et politique qui leur servira de blindage contre la géhenne du néocolonialisme amoral. Ce n’est pas un droit de veto octroyé qui solutionnera leur problème de dignité perdue.
Les Etats africains doivent avoir le courage de dire non sans le veto comme ils l’ont fait en levant unilatéralement l’embargo contre la Libye. Quel courage !
La Corée du Nord, quoi qu’on dise, se défend vaillamment sans le droit de veto ; les irakiens, envahis, tiennent tête à l’infernale machine de guerre américaine sans le droit de veto. Le secrétaire d’Etat américain à la défense a reconnu publiquement ses tentative pour « se réconcilier » avec les résistants irakiens, et, ces derniers refusent tout dialogue avant l’évacuation de leur territoire par les forces d’occupation.
Un droit pour les plus forts
En citant les pays africains qui se sont portés candidats à ce siège, le journaliste de RFI disait de la Gambie qui a annoncé sa candidature : « ce petit pays dont se demandait ce qu’il en ferait ». Entendez ce que ferait la Gambie de ce droit de veto. En d’autres termes, le droit de veto est une arme stratégique supplémentaire dont seuls les Etats puissants doivent avoir le privilège d’en posséder pour opprimer d’avantage des peuples déjà fragilisés par des politiques néocolonialistes dévastatrices.
Et donc, le veto, cette voix contestataire, n’est pas institutionnalisé pour équilibrer une justice à l’échelle universelle, donner raison aux faibles lorsqu’ils sont dans leurs droits, repousser une manifestation agressive d’un puissant étourdi par sa force.
Comme le journaliste français qui se demandait de ce que la petite Gambie pourrait bien faire de ce droit de veto, le commun des mortels se demande de ce que les pays puissants pourront bien faire de ce même droit. Ils n’en ont pas besoins. De toutes les manières, ils font tout ce qu’ils voudront, bon ou mauvais, sans artifice ; en plus, nous sommes toujours prêts pour applaudir leurs actes sans la moindre réserve. Alors, une fois de plus, pourquoi le droit de veto ?
Il n’est pas rare que les détenteurs du droit de veto se passent outre pour réaliser leurs desseins. Les Etats-Unis nous ont donné une meilleure illustration de ce comportement lorsque, à la veille de leur dernière campagne irakienne, la France secouait son veto si jamais ils cherchaient à légaliser leur attaque contre l’Irak à travers une approbation du conseil de sécurité.
Le droit de veto tel qu’il est appliqué aujourd’hui, a une fonction tout à fait contraire. Par conséquent, il doit purement et simplement disparaître.
Et si non ? Eh bien…
Si le pays de ton père se morcelle prends-en une part. (Adage tchadien)
Ceux qui prétendent nous représenter doivent faire preuve de plus de souveraineté et afficher un visage beaucoup plus africain qu’il ne l’est actuellement, en commençant par le démantèlement des bases militaires étrangères sur leurs territoires.
Le Sénégal, la plus vieille démocratie à l’échelle africaine, n’a aucune raison de s’encombrer d’une présence militaire française dont il n’a nullement besoins et l’Egypte, la patrie de Nasser, doit renouer avec son glorieux passé nassérien. Les africains, qui se battent pour leur affranchissement contre le dictat et le mépris, n’auront confiance en eux que lorsqu’ils se démarquent de fanfaronnades sur la démocratie à l’occidentale qui foulent aux pieds nos mœurs et notre culture.
Le Nigeria et l’Afrique du Sud.
Le Nigeria n’a jamais intervenue dans une aventure militaire en dehors du cadre légal onusien et/ou africain. Les nigérians sont un peuple fier. Aucun dirigeant nigérian, démocrate ou dictateur, soit-il, ne s’était plié aux exigences intéressées des occidentaux. Mais, les dirigeants de ce titan africain doivent démontrer leur capacité à mettre de l’ordre chez eux notamment dans le domaine de la sécurité.
L’Afrique du sud a plus de chance à cause de sa probité en matière de gestion de ses ressources et sa bonne gouvernance. Un Etat qui intervient partout en Afrique où nécessité il y a pour régler, de manière désintéressée, les conflits du continent. Son dernier acte de bonne volonté qui a donné des résultats heureux est celui d’avoir su convaincre les belligérants ivoiriens à s’accepter en tant que tels et participer, tous, aux élections présidentielles prochaines.
Et le Tchad ?
Bien que n’étant pas du tout convaincu ni de ce droit absurde ni des prérogatives qu’il accorde à ceux qui le détienne et étant donné que nous faisons partie de ce monde multidimensionnel, ce monde où la raison semble être un tord, nous sommes en droit de s’inviter à cette chorégraphie.
Oui, le Tchad, notre pays, malgré toutes ses balourdises, aurait pu être le candidat idéal et légitime des africains pour les raisons que voici :
Géographiquement, le pays occupe une situation qui le fait appartenir aisément à plusieurs blocs à la foi. Très immense, il est un Etat qui pourrait facilement faire partie de l’Afrique du Nord, de l’Est, de l’Ouest et du Centre.
Il a officiellement deux langue internationales : le français et l’arabe ; en plus des langues presque purement tchadiennes, d’autres langues à vocation interafricaines sont usitées et considérées comme étant nationales. Ils s’agit, entres autres, du haoussa, du foulfouldé ou peul et du sango.
Par sa composition ethnique, le Tchad est un Etat noir africain et arabe. Etant un pays noir africain et utilisant des langues qu’il partage avec d’autres Etats de l’Afrique noire, Le Tchad est le pays qui comprend le mieux les specifités des Etats africains au sud Sahara et le mieux indiqué pour les soutenir ; le Tchad, seul pays arabophone en dehors de la Ligue Arabe, ne sera pas indifférent aux préoccupations de ses voisins arabes.
Mais les prérogatives du droit de veto ne se limitent pas à un continent, nous dirait-on. Alors, retour à la case départ : pourquoi le droit de veto ?
Bref, devant la candidature du Tchad, il n’y a qu’un seul obstacle : Deby qui n’a pas su, en quinze ans de pouvoir, faire prévaloir ces atouts qui feront de nous le peuple le mieux indiqué à représenter l’Afrique.
Cela dit, nous ne devons pas rester les bras croisés et voir les autres se battre pour conquérir ce siège.
L’opposition, seul représentant légitime du peuple tchadien, doit inscrire cette bataille pour le veto dans son programme et la faire savoir dans toutes les instances internationales.
Deby n’est pas la morale tchadienne, et le Tchad n’est pas Deby. L’opposition doit formuler la candidature du Tchad avec fierté.
Article écrit le 22 juillet 2005
Dr Albissaty Saleh Allazam